|
|
|
Une thérapie pour l’Europe? |
|
|
|
Wednesday, 17 May 2006 |
Après les referendums échoués en France et aux Pays-Bas, c’est soi-disant ‘officiel’ : Les Européens ont peur de l’Europe, écrit Astrid Grunert.
Un
paradoxe à première vue, car – au moins géographiquement et
historiquement – nous ne pouvons pas nier une certaine affinité de
base. Comme l’a fait remarquer l’un des invités du débat parfois
échauffé, la peur est un sentiment issu d’une méconnaissance des
choses. Cette méconnaissance va d’une ignorance des langues et des
mentalités des autres jusqu’à une méfiance vis-à-vis des institutions
européennes. Comment, pour reprendre la question d’un des participants,
apaiser les craintes d’un petit producteur de lait italien pour qui
Bruxelles représente le monstre bureaucratique qui ‘mange’ ses vaches ?
De la peur à l’enthousiasme le chemin est long. La zone d’ombre du
désintérêt/ de l’ignorance est immense. C’est surtout ce désintérêt
profond, lié à des peurs très ponctuelles (v. la peur de l’existence de
sa production agricole du producteur de lait) qui règne dans les états
membres. A Bruxelles, dans un environnement européen ‘en miniature’,
les gens venus de tous les coins du continent sont d’habitude plus
décontractés. Les Euro-Bruxellois ont certainement l’avantage de
‘connaître’ l’UE au point qu’ils se rendent compte que les différentes
facettes de celle-là font toutes partie du même visage. Un pourcentage
considérable de ces Européens a fait un échange Erasmus et a vécu dans
différents pays de l’UE – d’où un multilinguisme et une relativisation
de la propre identité nationale. A ceci s’ajoute une connaissance
souvent très approfondie des institutions européennes et de leur
fonctionnement. Très bien. Mais comment faire pour que des milliers
d’Européens sceptiques deviennent des Européens non seulement de force,
mais d’esprit/ de conviction ? Qui a peur du loup? Les causes
nourrissant les malentendus sur l'UE commencent déjà dans une
difficulté de définition claire et nette. Dans le langage populaire, la
notion de "l'Europe" s'applique à tout: l'Union Européenne, mais aussi
le continent géographique ou "le vieux monde" en termes historiques.
C'est dans cette confusion que naît une peur qui, souvent, ne tient pas
debout. Au-delà de cette perception vague et préjugée, l'Union
Européenne s'est établie comme réalité incontestable depuis longtemps.
Les citoyens européens s'opposent donc en général à une réalité toute
faite, souvent sans s'en rendre compte. Parfois, il y a pourtant des
moments de réveil. Les référendums français et néerlandais sur la
constitution de l'Europe en était un. Dans ces moments, les citoyens
réalisent que l'UE est plus qu'un phénomène bureaucratique marginal,
co-existant paisiblement à côté des systèmes nationaux connus. La
plupart des Européens ne savent pas manier cette dualité entre sphère
nationale et sphère européenne. Ils ont l'impression qu'on leur impose
une décision en faveur de l'une ou de l'autre et, de peur de perdre
leur sphère nationale connue, ils votent contre la sphère européenne.
La tâche des hommes politiques ainsi que de tous les gens qui exercent
un rôle de modèle ou d'instructeur est donc de démystifier cette
dualité prétendument nuisible. Au contraire, il faut démontrer les
bénéfices de cette dualité aux citoyens. Les distinctions de
perception face à l'Europe (en général et en particulier) sont
multiples. Tandis que les citoyens européens ont peur d'une
bureaucratie écrasante de Bruxelles, beaucoup de pays avoisinants
n'auraient pas d'objection contre un passeport communautaire. 80% de la
population serbe-monténégrine, par exemple, se prononce en faveur d'une
adhésion à l'UE. Confronté à un passé troublant et un avenir immédiat
incertain (le référendum sur l'indépendance du Monténégro, 21 mai), ce
pays des Balkans apprécie les avantages d'une union stabilisante,
solidaire et prospère. Aleksandar Mitic, correspondant de l'agence
Tanjug, écrit des articles en serbe, français et anglais sur la
situation dans les Balkans. Comme lui, tous les invités d’un débat
organisé par le magazine européen en ligne café babel le 09 mai se
dévouent à la communication entre le citoyen européen souvent
sceptique, l'UE et ses décideurs. Dans la salle au premier étage du
"Roi des Belges", bar situé au coeur du quartier branché bruxellois,
l'unanimité règne sur ce fait: Oui, il faut rapprocher l'Europe des
citoyens et vice versa. Des nouveautés? Non. Margot Wallström,
commissaire en charge de la communication, fit déjà un effort cette
année en présentant son "Livre blanc sur une politique de communication
européenne". Les exemples d'initiatives présentés par les
intervenants de la « Café Thérapie » montrent le chemin à prendre.
Matthieu Collet parle en tant que rédacteur en chef du site Internet
"Les Euros du Village" qui s'engagent à dépasser les préjugés sur
l'Europe par des explications très concrètes. Olivier Plumandon a
répondu à ce décalage entre l'UE et ses citoyens par la fondation du
magazine "Eyes on Europe", tandis que Nathalie Lhayani travaille comme
chargée des Relations Internationales pour le think tank
"Confrontations Europe". Des projets différents, une vocation commune.
Dans la discussion qui suit, les brefs speechs introductoires, les voix
critiques et enthousiastes se mêlent. D'un côté, les intervenants
expriment leur déception face à un institutionnalisme insuffisant
ignorant les parlements nationaux, d'autres s'élèvent contre l'idée
d'un centralisme européen en qualifiant l'UE comme démocratie
participative qui ni exclut ni octroie. Même les ardents défenseurs de
l'idée européenne avouent cependant qu'un véritable espace public
européen fait encore défaut. Et c'est là le hic. Face à ce
décalage entre une réalité politique et institutionnelle défendue par
les eurocrates et l'élite europhile et un manque d'enthousiasme
caractérisant les populations dans les états nationaux, une réflexion
sur le rôle des médias s'impose automatiquement. Bien qu'un manque de
reportages sur des thèmes européens reste toujours à déplorer, le
problème s'est déplacé légèrement. L'information sur la politique
communautaire est mise à la disposition de tous, mais les citoyens
européens se lassent des reportages ennuyeux et incompréhensibles et
zappent sur un autre programme. Le message est clair: Si l'on veut
augmenter l'adhésion mentale des citoyens à l'Europe, il faut se
tourner vers un journalisme plus proche du citoyen. Evidemment, il ne
suffit pas de présenter les faits; il faut aussi les rendre
intéressants et captivants. Pour beaucoup de citoyens dans les
différents états membres, l'Europe n'a pas encore de visage. Le travail
vers l'acceptation de l'UE passe par sa personnalisation. Le Livre
Blanc sur la communication en témoigne. Et les intervenants du débat,
au-delà de toutes divergences d'opinion, expriment leur approbation.
Le débat montre qu'il n'existe pas de panacée pour rapprocher l'Europe
de ses citoyens et ainsi créer une véritable conscience et mentalité
européenne. La solution est dans le détail. Des plateformes
journalistiques et informatives y participent autant que les think
tanks qui, tous les deux, s'efforcent de rendre l'UE plus
compréhensible (les questions de la transparence et de la
compréhensibilité son intimement liées). D'autres mesures concrètes
ancrées dans la formation scolaire et dans les entreprises
(introduction à l'Europe, mais aussi des cours de langue et des
échanges) ainsi qu'une carte d'identité et une carte d'électeur
européennes pourraient faire avancer les choses. Les européens doivent
comprendre que leur univers (national) ne s'arrête pas là où l'Europe
commence. Astrid Grunert writes the European Scene weblog.
Comment on this article
Leave your comments (Show/Hide Form)
Other Visitors Comments
There are no comments currently....
|
|
|